Image u.s. geological survey

Image U.S. Geological Survey

Installation sonore, cyanotypes
84.1 x 59.4 cm
2024

« Ainsi, la lumière nécessaire à l’acte photographique devient l’outil de sa disparition. Un amalgame paradoxal entre l’omnipotence des nouvelles technologies et leur impuissance à retenir le réel. L’image nous fait signe une dernière fois. Elle s’éteint (et nous condamne à l’étreindre), comme la flamme d’une bougie qui, en éclairant, se consume elle-même. » 1

Image U.S. Geological Survey naît d’une erreur de Google Earth survenue lors d’un survol virtuel de la banquise antarctique. Une faille s’ouvre dans le flux cartographique : l’image se dérobe, se fragmente, laissant apparaître une déréalisation progressive du paysage. L’objectivité supposée du regard satellite, prétendument neutre, se fissure dans le bug, révélant un trouble discret mais profond.

Issue d’un simple screenshot, l’image semble refusée par le dispositif qui la produit. Ce refus devient matière : non seulement le symptôme d’un nouvel état de l’image, mais aussi le possible indice d’un état du monde. Si l’image satellitaire se présente comme neutre et factuelle, l’erreur qu’elle contient ne dirait-elle pas, paradoxalement, quelque chose de plus juste sur ce qu’elle montre ?

Le recours au cyanotype, procédé photographique ancien datant de 1842, donne une matérialité à cette image issue du virtuel tout en la vouant à sa propre disparition. Exposé à la lumière, le tirage s’altère lentement, s’effaçant progressivement. L’œuvre devient ce que l’artiste nomme une « image-mourante » : un objet pris dans une métamorphose irréversible où création et destruction coexistent. La lumière, condition même de l’apparition photographique, devient ici le moteur de l’effacement.

Donner corps à une image immatérielle tout en la rendant périssable, c’est faire de l’image un organisme fragile, vivant. Ruine de la banquise et ruine de l’image se répondent : la catastrophe du paysage rencontre celle de sa représentation.

Présentée avec une composition sonore, l’œuvre amplifie la tension entre apparition et disparition, matérialité et effacement. Elle propose une expérience sensible où l’image, vacillante, devient le lieu d’une méditation sur nos géographies visuelles, sur l’omnipotence apparente des technologies contemporaines et sur l’impuissance qu’elles révèlent parfois.

À la manière de la bougie évoquée par Gaston Bachelard dans « l’image brûle », l’image éclaire en se détruisant elle-même. Image U.S. Geological Survey nous fait signe une dernière fois, avant de s’éteindre, laissant affleurer un invisible appelé à réapparaître ailleurs, dans d’autres formes, malgré sa difficulté de perception.

  1. Georges Didi-Huberman, Images malgré tout, 2024.