
Souvenir de l’humanité
Bois, verre, impression 3D, eau, limonène
10 x 14 cm
2017
Le 11 avril 2015, avec la destruction de Nimrûd, une chorégraphie de ruines s’ouvre au monde. Marteaux, disqueuses et armes automatiques deviennent les instruments d’un spectacle global : effacer les figures de l’autre pour atteindre ce que l’Occident croit intangible — son patrimoine. Comme l’écrit Marie-José Mondzain, ce n’est plus l’iconoclasme qui brûle, mais une gestion industrielle du spectacle qui masque les véritables enjeux.
Autrefois gardien du palais d’Ashurnasirpal II, le Lamassu incarnait la force, l’intelligence et la vigilance. Dans cette œuvre, il n’en subsiste qu’une présence fragile, promise à la disparition.
Un objet biodégradable qui tente, ironiquement, d’emporter avec lui sa propre mémoire. La ruine n’est plus pensée sous l’angle du temps, mais sous celui du regard et du geste. La puissance de l’œuvre ne réside plus dans la pierre, mais dans l’attitude du spectateur, devenu médiateur, témoin, gardien passager — ou acteur de sa destruction. L’objet existe comme une forme à consommer : toucher, manipuler, secouer, acheter ou laisser intact. À la manière d’un objet de désir ou de souvenir, il engage une relation directe, physique, où la disparition n’est pas un accident mais un processus constitutif.

Image mortelle, l’œuvre se détruit en entrant en contact avec le spectateur. Sa matière se dégrade, se fragmente, jusqu’à devenir poudre. Traces, vestiges, résidus : la forme semble porter en elle les restes mêmes de l’événement qu’elle convoque. La destruction n’est plus un obstacle à la mémoire, mais l’une de ses conditions possibles.
Ainsi, la pièce interroge une mémoire construite au sein d’un objet auto-destructif, où la conservation passe paradoxalement par l’épuisement. La forme accomplie n’est pas celle qui fut, mais celle qui persiste dans l’instant de sa disparition. L’œuvre murmure sa ruine et confie au spectateur la responsabilité de maintenir (ou non) ce qui est déjà en train de s’effacer.
