
C’est comme si c’était la mer
Photomontage, télévision
2018
Cette œuvre repose sur la photographie du petit Aylan Kurdi, un garçon syrien d’origine kurde, réfugié de la guerre civile syrienne, noyé le 2 septembre 2015 à l’âge de trois ans. Sa mort a provoqué une onde de choc mondiale et relancé la question de l’accueil des migrants syriens, après la diffusion massive de photographies de sa dépouille sur une plage turque. Dans l’œuvre, le personnage a disparu : l’image a été retouchée, questionnant immédiatement notre rapport au réel et à l’image.
L’œuvre explore la prolifération et la saturation : les images se multiplient jusqu’à se banaliser, créant un excès qui nous rend incapables de véritablement voir. Comme le note Marc Augé, cette surabondance renforce notre exil et éloigne l’émotion, nous enfermant dans une répétition vide.

À travers cette « sauvegarde », Lucas Andrea cherche à montrer un épuisement, d’abord de la photographie elle-même, mais aussi existentiel. L’image reflète une forme de décadence : trop diffusée, trop consommée, et perd sa force. Quand tout est partout, rien ne résonne vraiment. Submergés, anesthésiés, indifférents. Comment voir quelque chose que l’on a déjà vu mille fois ?
Pour Roland Barthes, dans La Chambre claire, une photo nous touche lorsqu’elle contient un manque, une faille à investir. Aujourd’hui, à l’ère du tout numérique, ce manque semble avoir disparu : l’image est partout, immédiate, totale. L’œuvre questionne alors notre rapport aux images et au monde, révélant notre saturation et la fragilité de notre regard.
