
Perdu le nord
Série de photographies argentiques
30×45 cm
2025
Il paraît que nous avons perdu le nord. L’expression n’est plus seulement métaphorique : elle dit l’état d’un monde en désorientation, marqué par l’épuisement des milieux, la rupture des équilibres écologiques et la disparition progressive de repères longtemps considérés comme immuables.
Dans cette série de dessins, ni la cime ni les racines n’apparaissent : seulement la matière, l’écorce et ses aspérités, la mousse qui s’y accroche, dense et silencieuse. Le cadrage resserré provoque une perte d’orientation visuelle. Où se situe l’ensemble ? C’est comme si la forêt elle-même s’effaçait, réduite à un fragment.
On dit que la mousse indique le nord, qu’elle guide celui qui s’égare, comme un signe discret pour retrouver une direction. Ici pourtant, le repère se trouble. Le cadre est trop serré, la direction incertaine. Le signe subsiste, mais son pouvoir d’orientation vacille : privé de contexte, il ne permet plus de se situer, devenant une présence plutôt qu’une indication.
Perdu le nord évoque à la fois l’égarement physique et une perte symbolique : celle des repères, du sens, d’une direction intime et collective. Le fusain, issu de l’arbre lui-même, inscrit l’œuvre dans une boucle fragile : la matière se représente, l’arbre se consume pour devenir image, au moment même où toute orientation semble se dissoudre.

